Deshayes & Saint-Laurent 1821-1841 - BASILIQUE SAINT LOUIS-MARIE GRIGNION DE MONTFORT

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Deshayes & Saint-Laurent 1821-1841

Deshayes
Recherche et récit
Frère Patrice MANGUY, sg.
La Providence a de nouvelles vues sur le curé d'Auray... Elle va l'arracher à sa paroisse de Saint-Gildas, à ses communautés naissantes et à sa Bretagne natale, pour le conduire en Vendée, reprendre en mains les Communautés du grand apôtre de l'Ouest, Louis-Marie-Grignion de Montfort, dont les restes vénérés reposent à Saint-Laurent-sur-Sèvre, gardés par ses Fils et ses Filles.
Le Supérieur des Pères de la Compagnie de Marie, des Frères du Saint-Esprit et des Sœurs de la Sagesse, le R.P. Duchesne, connaît M. DESHAYES depuis que des Sœurs de Saint-Laurent ont pris en charge l'école de sourdes-muettes de la Chartreuse. Il a su déceler les qualités humaines et les vertus du curé d'Auray. Aussi, le convoque-t-il à Saint-Laurent, en septembre 1820, pour le nommer son Assistant, jugeant qu'il était le seul capable de le seconder et de lui succéder....
Le 21 décembre suivant, le P. Duchesne remettait son âme à Dieu.
Et le 17 janvier 1821, l'abbé DESHAYES était élu Supérieur Général des Communautés montfortaines de Saint-Laurent.
Si les Sœurs de la Sagesse s'étaient développées, les Pères et les Frères végétaient, sur le point de disparaître. La tâche s'annonçait ardue. Le nouveau Supérieur va s'y attacher avec tout son zèle, dans la fidélité à la tradition : "Je viens, disait-il, continuer à Saint-Laurent l'œuvre de Montfort".
Il se trace un programme ambitieux :
- Augmenter le nombre des Pères et les fixer par des vœux.
- Rétablir les Missions interrompues.
- Instituer des Retraites pour les laïcs.
- Sauver d'une ruine prochaine les Frères du Saint-Esprit et procurer des Frères aux écoles du diocèse de Luçon et des autres diocèses qui en demanderaient.
- Augmenter le nombre des établissements des Sœurs de la Sagesse.
- Développer les œuvres de sourds-muets.
- Continuer à gouverner la communauté des Sœurs de Saint-Gildas, et, avec M. de Lamennais, celle des Frères de Ploërmel.
- Travailler activement à la béatification du P. de Montfort...
LES PÈRES DE LA COMPAGNIE DE MARIE
A son arrivée à Saint-Laurent, le nouveau Supérieur ne trouva que sept Pères. Aucun n'était lié par des vœux. Et trois devaient bientôt quitter la Société des Missionnaires. Il s'efforce de ranimer leur zèle. Mais il faudra attendre 1835 pour que les Pères s'engagent par les vœux de Religion.
Il est aussi urgent d'accueillir de nouveaux Missionnaires. Vers 1822, le Supérieur ouvre un petit collège ecclésiastique, pour y former de futurs prêtres, dans une maison qui avait été achetée par le P. Supiot. Cinq prêtres y enseignaient, deux Frères étaient chargés du ménage, et la cuisine était faite à la Sagesse.
Avec ses collaborateurs, le P. DESHAYES relance les Missions, continuant ainsi l'œuvre de Montfort et du P. Mulot, avant la Révolution.
De 1822 à 1833, il prêche neuf missions, dont une à Saint-Servan, dans le diocèse de Rennes, et une à Beignon, son pays natal. Les évènements politiques vinrent les interrompre. Elles reprendront en 1837.
LES SŒURS DE LA SAGESSE
La Congrégation des Sœurs de la Sagesse a besoin, elle aussi, d'une nouvelle impulsion. Gabriel DESHAYES s'y emploie avec ardeur. Il visite les Maisons, notamment les hôpitaux, et suscite de nombreuses vocations. Par des instructions, des retraites, il ravive la ferveur religieuse.
Cet homme super actif sait joindre à l'action spirituelle une activité matérielle extraordinaire.
L'accroissement du nombre des sœurs exige une extension des locaux et des servitudes de la Maison de Saint-Laurent. Il y fait exécuter de multiples travaux. Il achète, pour la Sagesse, un pré ; on y fait sauter à la mine les rochers qui s'y trouvent ; on construit un pont pour rejoindre l'enclos à cette prairie que l'on entoure d'un long mur allant jusqu'au village de Bodet.
C'est le Père DESHAYES qui fit également édifier le mur de l'enclos de la Maison des Pères le long du chemin de la Bachellerie.
C’est à lui aussi que l'on doit la construction d'un moulin à la Sagesse, et d'une boulangerie sur une partie de l'îlot. En 1834-1835, le moulin fonctionne. Un garçon boulanger se charge de faire le pain, environ 4 000 kg dont 700 kg pour les pauvres. Le Père voulut qu'un Frère s'initie au fonctionnement du moulin. Mais le pauvre garçon ne comprend rien à la "mécanique". Le Supérieur lui dit : "Venez, demain, me répondre la messe, à l'autel de la sainte Vierge". Le bon Frère enfile soutane et surplis pour répondre à cette messe. Mais il ne comprit rien à ce qui se passa alors : le bon Père était en extase et surélevé du sol ! De son côté, le Frère ne pouvait exprimer ce qui se passait en son âme... Ce qui est sûr c'est que, se rendant ensuite à son moulin, il comprit immédiatement toute la "mécanique". Ce fut alors un jeu pour lui...
Le Père fit aussi installer une pompe aspirante et foulante, actionnée par le moulin qui montait l'eau pour la Communauté, dans les réservoirs "Le Château d'Eau" et "Saint-Flavien", et permit d'arroser les jardins et la prairie et d'alimenter un "vivier" pour le poisson. Un bâtiment de trois étages servit de séchoir.
Il faut signaler que c'est le P. DESHAYES qui fit faire le chemin qui va du bourg à la Trique rejoindre la route de Nantes-Poitiers. Avant, "au lieu d'un chemin c'était un abîme où les chevaux avaient de la boue jusqu'à demi la jambe et le monde à pied passait par les champs en une petite route sur le bord du vieux chemin" - Ces travaux donnaient de l'ouvrage a des ouvriers sans travail et à des nécessiteux, ce qui apporta un peu d'aisance à plusieurs familles de Saint-Laurent.
LE CHEMIN DE CROIX ET LE SAINT-SEPULCRE
Le P. DESHAYES fit ériger, le Vendredi-Saint 1826, dans l'enclos de la Sagesse, un Chemin de Croix dont les stations s'échelonnaient le long d'une petite montagne, flanquée de rochers et surmontée de sapins. Quatorze croix de bois peintes en rouge marquaient ces stations. Le Vendredi-Saint, 6 avril 1829, des tableaux remplacèrent ces simples croix. Sur le sommet, une grande croix de cinq mètres environ s'élève, seule...
A quelque distance on s'arrête devant le tombeau, fait sur le modèle de celui de Jérusalem. Ce tombeau, ou Sépulcre, fut édifié en 1826, en même temps que le Chemin de Croix. Quelques années plus tard, le Père y fit exécuter des peintures par un artiste italien auquel il s'était adressé pour le tirer de la misère où l'avait jeté la Révolution de 1830. "On voyait dans le sépulcre les Saints Personnages qui prirent soin de la sépulture de l'Homme-Dieu, et à l'entrée, sous une voûte séparée, d'un côté le purgatoire et de l'autre, Jésus-Christ descendant aux Limbes".
Ces peintures furent lacérées lors des événements de 1833. A cette époque, en effet, la Duchesse de Berry avait échoué dans son essai de rallier la Vendée à son projet de restauration des Bourbons sur le trône de France. Ses partisans avaient dû fuir ou se cacher. Les agents de la Monarchie de Juillet étaient à la recherche du Maréchal de Bourmont ou de quelque officier de la Princesse qui, croyait-on se cachaient dans la contrée. D'où perquisitions, jusque dans les Communautés, suspectées d'être "légitimistes".
Le 28 février 1833, à neuf heures du soir, les deux Maisons du Saint-Esprit et de la Sagesse sont envahies, et le commissaire qui dirigeait l'opération menaçait de mettre le feu partout. Les Pères et les Frères furent appelés les uns après les autres et, à la lueur d'une lanterne, on essaya de distinguer sur leurs visages les traits du Maréchal de Bourmont, ou de quelque officier de la Duchesse de Berry. Tout fut inspecté, même la chapelle. Un officier prétendait qu'il pouvait y avoir un homme caché dans le tabernacle
Le lendemain, à "la Sagesse" les soldats abandonnés à eux-mêmes dévastèrent les jardins sans rien respecter. Ils pénétrèrent même dans le Sépulcre et le saccagèrent. Les peintures furent lacérées et l'image du Rédempteur criblée de coups de baïonnettes.
Quand le chef présenta le procès-verbal de l'expédition à la signature du P. DESHAYES, celui-ci l'écouta, assis, en silence, et après un moment de réflexion, regardant l'agent d'un œil ferme, il lui dit :
"Oui, Monsieur, je signerai votre pièce, mais après avoir écrit qu'en arrivant ici vous nous avez menacé d'incendier nos maisons, et vos soldats se sont permis tout ce qu'ils voulaient et nous ont indignement volés. J'écrirai que j'exige un dédommagement pour tout ce qui a été détruit, qu'il y en a pour cinq ou six cents francs de dégâts aux seules peintures du tombeau et que j'entends bien qu'elles soient réparées aux frais de celui qui n'a pas empêché cette profanation".
Le commissaire, effrayé, conjura le Supérieur de ne pas "pousser" l'affaire et se retira tout penaud. - Le Père toucha-t-il des dédommagements ? Non, sans doute. Et les peintures ne semblent pas avoir été restaurées.
Plus tard, le couloir accédant au sépulcre fut cloisonné. Pour quelles raisons ? Etait-ce pour cacher les dégâts ? Ou pour empêcher l'humidité de l'air d'attaquer les peintures ? Ce qui est certain c'est que cette muraille de plâtre jeta les fresques dans l'obscurité et dans l'oubli.
Il fallut attendre 1964 pour les redécouvrir, lors de la restauration du tombeau. Ces travaux étaient nécessaires car au-dessus de la voûte l'eau s'était accumulée et, s'écoulant à l'intérieur, avait causé des dégradations. En démolissant le petit mur de plâtre, les fresques apparurent... Du côté droit il ne restait pas grand-chose ; les peintures, trempées, s'effritaient. Mais à gauche, quelques personnages étaient assez bien conservés et les coups de baïonnettes étaient visibles. Ces peintures se détachaient sur fond noir. Les restaurer s'avérait impossible, et malgré la peine que cela causait, il fut décidé de les supprimer. Une tête d'ange, bien conservée, fut déposée au musée de la Sagesse. Mais, bientôt elle s'est désagrégée.
Depuis longtemps Gabriel DESHAYES avait choisi ce lieu pour sa sépulture. Sa fosse était creusée à quelques pas du Saint-Sépulcre, et, la cavité ayant disparu, il l'avait recreusée lui-même. Il y faisait de fréquentes visites, s'entretenant à loisir de la pensée de la mort. A la fin de la Retraite des Frères de la Maison Saint-Gabriel il avait coutume d'y faire avec eux le Chemin de la Croix. La dernière fois, il leur avait montré l'endroit où il devait être enterré et leur avait recommandé de prier pour lui.
LES FRÈRES du SAINT-ESPRIT à SAINT-GABRIEL
Lors de ses tournées apostoliques, Louis-Marie-Grignion de Montfort s'était associé quelques Frères dont quatre s'engagèrent même par les Vœux de Religion. Il les voulait "prêts à faire tout ce qu'on leur ordonnera" : s'occuper du matériel, diriger le chant des cantiques, faire le catéchisme aux enfants, enseigner dans les écoles charitables" qu'il instituait au cours de ses Missions.
En 1715, un an avant sa mort, il plaça le Frère Mathurin à la tête de l'école de Saint-Laurent. Le Frère Mathurin eut pour successeurs le Frère Jacques, le Frère Joseau, le Frère Pierre et le Frère Aulaire (ou Hilaire), tous de la Communauté du Saint-Esprit.
La tourmente révolutionnaire passée, l'école de Saint-Laurent put rouvrir et fut confiée au Frère Elie, en 1806.
A son arrivée à Saint-Laurent le P. DESHAYES ne trouva que quatre Frères : le Frère Jacques, homme de confiance et cocher ; le Frère Aulaire (ou Hilaire) chargé du ménage ; le Frère Joseph, cordonnier, et le Frère Elie faisant la classe aux petits garçons de Saint-Laurent. Ce Frère devait mourir en 1850, âgé de 82 ans.
Toujours plein de zèle pour l'éducation chrétienne des enfants, le nouveau Supérieur voulut doter la Vendée d'instituteurs religieux. De tous les côtés on demandait des Frères pour les écoles. De 1822 à 1830, une quinzaine d'écoles furent ainsi ouvertes. Et les recrues ne cessaient d'accourir. Dès 1824, les Novices étaient quarante à prononcer leurs Premiers Vœux.
La Révolution de 1830 obligea à fermer quelques écoles. Mais, dès 1832, le calme revint. C'est cette année-là que tous les Frères des écoles vinrent faire leur retraite à Saint-Laurent. Á une sœur qui se plaignait de l'embarras que causait ce grand nombre de Frères, le Père répondit : "En multipliant les Frères je ne fais que réaliser les desseins du Vénérable de Montfort".
Les Frères destinés à l'enseignement et les Frères de travail vivaient ensemble dans la Maison des Pères, comme des enfants vivent sous le toit paternel, sans soucis matériels.
Le 17 septembre 1823 une Ordonnance signée de Louis XVIII accorde l'autorisation légale, pour les départements du Maine-et-Loire, de la Vienne, des Deux-Sèvres, de la Charente-Inférieure et de la Vendée, aux Frères de l'Instruction Chrétienne du Saint-Esprit.
Le nombre des sujets augmentant, les locaux deviennent trop petits. Le Père forme alors le projet de mettre à part les "Frères de classe", afin de leur faciliter la tâche de préparation à leurs fonctions. La Maison Supiot dans laquelle le petit collège ecclésiastique n'avait pas survécu se trouvait disponible. Le Père l'acheta aux sœurs de la Sagesse. Le 15 octobre 1835, Mgr Soyer, évêque de Luçon, bénit la petite chapelle, dont l'autel était l'œuvre du Frère menuisier du Saint-Esprit. Il y célèbre la messe et donne une instruction. Dès le lendemain, 33 Frères et Novices prennent possession de leur nouvelle résidence. Les Sœurs de la Sagesse avaient pourvu à l'installation. Des "Frères de travail" faisant partie du groupe assureront les services matériels. Et pendant un certain temps des Pères viendront dire la messe.
Il restait à donner un nom à la nouvelle Maison. Plusieurs vocables furent avancés. Un des Pères dit un jour aux Frères : "Le Père s'appelle Gabriel. Proposez-lui de donner ce nom à votre maison". - Pendant le dîner la requête fut adressée au Supérieur, qui garda le silence. Mais, à la fin du repas il dit à son entourage : "Allons à Saint-Gabriel".
Les Frères continuèrent cependant à porter officiellement le nom de "Frères du Saint-Esprit" jusqu'en 1853. A cette date, un décret de Napoléon III autorisait la Congrégation pour tout le territoire français sous le nom de "Frères de Saint-Gabriel", du nom de leur principale Maison de Saint-Laurent.
NAISSANCE DU PENSIONNAT SAINT-GABRIEL DE SAINT-LAURENT
En 1838, un garçon du Boupère fut présenté par ses parents qui désiraient qu'il soit pris comme pensionnaire chez les Frères. Bientôt un autre, des Landes-Génusson, venait le rejoindre. Ces deux enfants vivaient dans la Communauté comme dans leur famille. Mais on n'avait pas encore l'assentiment explicite du supérieur. Pour se mettre en règle, le Directeur lui dit : "Bon Père, faut-il commencer un pensionnat ou renvoyer les deux petits élèves que nous avons reçus ?"
Le Père DESHAYES se recueille, puis : "Ouvrez un pensionnat" dit-il. Ainsi naissait très modestement, le grand collège comptant, 150 ans après, plus de 1 900 élèves.
LES SOURDS-MUETS ET LES AVEUGLES
Une œuvre très chère au P. DESHAYES fut celle des sourds-muets. Étant curé d'Auray il avait demandé des Sœurs de la Sagesse pour l'Institution de la Chartreuse.
Devenu Supérieur des Communautés de Saint-Laurent, il eut à cœur, tout en multipliant les écoles primaires, d'ouvrir des Maisons pour les enfants sourds-muets. C'est ainsi que furent fondées, pour les filles, les écoles de Pont-Achard, à Poitiers, Orléans, Lille, Soissons ; pour les garçons : après la Chartreuse d'Auray, Orléans, Loudun (transférée à Poitiers en 1856), Lille, Soissons. Nantes s'ouvrira après sa mort. Les Aveugles seront reçus à Lille, Soissons, Larnay (près de Poitiers).
Plus tard, fidèle à la mission qui leur avait été confiée par le Père DESHAYES, les Frères de Saint-Gabriel et les Sœurs de la Sagesse ouvriront de nouvelles écoles pour les sourds-muets, pour les aveugles, et pour les sourds-muets-aveugles.
LES MAISONS DE RETRAITE (Retraite spirituelle)
L'activité inlassable du Père DESHAYES semble ne connaître aucune limite. Les laïcs sont aussi l'objet de sa sollicitude. Dès 1822, il organise des Retraites pour eux dans l'ancienne habitation des Pères : "Le Petit Saint-Esprit".
La première réunion pour les femmes voit une telle affluence qu'on ne sait où les loger. "Où couchera tout ce monde ?" demande la mère Assistante. - "Vous avez de la paille, répond le Supérieur ; garnissez-en le sol de ce réfectoire en construction, puis que chaque sœur donne son matelas !" Et c'est ainsi que près de cent personnes couchèrent pendant la Retraite.
Il fallait une maison plus vaste. A un kilomètre du bourg de Saint-Laurent s'élève un coteau aride "Le Champ de Haute-Grange". Le Père en fait l'acquisition. Et dès 1830 on voit surgir un bâtiment grandiose qui prendra le nom de "Saint-Michel". Ce fut un événement dans le pays. "Que veut-on faire de tous ces bâtiments ?" demandait une dame. -"Un miracle, répondit le Père ; nous voulons faire garder le silence à des femmes !»
Le P. DESHAYES bénit la première pierre de la chapelle de "Saint-Michel" le 6 novembre 1837.
AUTRES ACTIVITÉS DU P. DESHAYES
Toutes ces occupations suffiraient à accaparer un seul homme. Or, le Père a la charge de plusieurs autres Communautés. Il continue la direction des sœurs de Saint-Gildas et reste en relations avec M. de Lamennais et les Frères de Ploërmel.
En plus, il contribue plus ou moins, à l'une ou l'autre étape de sa vie, à la mise en chemin ou à l'affermissement de diverses autres Congrégations.
Le soin à apporter à toutes ces Œuvres, la réalisation du programme ambitieux qu'il s'était fixé à son arrivée à Saint-Laurent, nécessitaient évidemment de nombreux et longs déplacements. Il est souvent sur les routes, visitant ses Maisons, à travers la France, poussant ses démarches jusque dans les Ministères, se rendant à Rome pour faire avancer heureusement les préliminaires de la béatification du Père de Montfort.
L’HOMME DE DIEU
On est presque pris de vertige à suivre ainsi DESHAYES dans toutes ces activités. Peut-on penser qu'un homme si affairé, si plongé dans le matériel, puisse trouver du temps pour la prière et l'union à Dieu ?
Or, à travers cette vie trépidante apparaît constamment le souci de la prière personnelle, de l'oraison, en même temps que du bien des âmes, comme en témoignent ses instructions et directives à ses Pères, Frères et Sœurs, son zèle pour les Missions et les Retraites, ses efforts constants pour assurer une éducation chrétienne aux enfants, voulant pour cette œuvre "des Frères fervents"...
Dans la simplicité de sa foi, il s'abandonnait totalement à la Providence : "Je suis l'enfant chéri de la Providence" disait-il. Et jamais la Providence ne lui manqua. Elle lui faisait trouver, au moment voulu, l'argent nécessaire à ses fondations, parfois de façon mystérieuse. La foi du saint prêtre obtenait des miracles. Ainsi, à Auray, en 1812, au plus fort d'un incendie le curé cria :"Mes amis, prions sainte Anne, elle peut nous sauver!" Et, rapidement, l'incendie fut circonscrit.
Nous avons vu comment il rendit confiance au Frère qu'il chargea du moulin de la Sagesse. On lui attribue la guérison de deux enfants, à la prière de leur mère. Bien d'autres faits pourraient être cités. Dieu écoute les humbles. Et Gabriel DESHAYES était un humble.
Aussitôt sa mort la foule se pressa auprès de sa dépouille mortelle lui faisant toucher des croix, des chapelets, des linges...
LES DERNIERS JOURS - LA SAINTE MORT
Malgré cette activité débordante, menée sans repos, le Père paraît toujours aussi vigoureux. Sa stature est encore droite et son visage presque sans rides. Mais, dans son être profond les fatigues accumulées ont fait leur œuvre... En juillet 1841, à Lorient, il est frappé d'une congestion cérébrale, On le ramène en hâte à La Chartreuse. Ses forces diminuent progressivement. Le 13 septembre, il revient à Saint-Laurent pour ne plus en sortir. Son état s'aggrave. Il doit garder la chambre.
Il continue cependant à s'intéresser à ses Congrégations ; il offre ses prières, ses souffrances et sa vie pour elles.
Il avait demandé que, après son décès, on lui coupât le pouce qui avait signé la Règle des Frères de Bretagne et qu'on l'envoyât à M. de Lamennais "afin qu'une partie de ses cendres reposât un jour avec les siennes". - De même façon, la Supérieure des Sœurs de Saint-Gildas devait recevoir l'index de la main droite.
Le 5 décembre le Père dicte son testament au Frère Siméon, Maître des Novices.
Puis, il se tient dans le silence et le recueillement à l'approche de sa rencontre définitive avec son Seigneur.
Le 28 décembre 1841, au soir, il entrait dans la paix de Dieu. Il avait 74 ans.
Les cloches de la paroisse, du "Saint-Esprit", de la "Sagesse" et de "Saint-Gabriel" sonnèrent le glas. Le corps fut exposé dans l'ancienne chapelle des Missionnaires, au "Petit Saint-Esprit". (Cette chapelle devint le magasin de la librairie Biton).
Le 30 décembre, les obsèques furent solennelles, en l'église paroissiale. L'inhumation fut faite dans le tombeau que le Père avait lui-même préparé pour sa sépulture, après le cimetière des Filles de la Sagesse.
Une pierre tombale garde modestement son souvenir, avec cette simple inscription :
"HIC JACET GABRIEL DESHAYES, S.G. - 28 DEC. 1841"
Rien de plus! Du fond de sa tombe, le Supérieur a voulu donner à ses disciples cette suprême leçon d'humilité.
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