Avant Saint-Laurent 1767-1820 - BASILIQUE SAINT LOUIS-MARIE GRIGNION DE MONTFORT

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Avant Saint-Laurent 1767-1820

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Recherche et récit
Frère Patrice MANGUY, sg.
Parmi les personnalités ayant marqué SAINT-LAURENT, il en est une dont l'action se situe dans la droite ligne du Père de MONTFORT, continuant et développant son œuvre :
le Père GABRIEL DESHAYES, qui fut Supérieur des Communautés montfortaines de 1821 à 1841.

Qui était GABRIEL DESHAYES ?
"Entreprenant, inventif, prudent mais pourtant audacieux, sérieux jusqu'à la rigueur et plein d'humour jusqu'à la facétie, tel nous apparaît cet homme d'action prodigieux, qui était aussi, dans le plein sens du terme, un homme de Dieu".
(Mgr Boussard, êv. de Vannes)
LES COMMENCEMENTS
Gabriel DESHAYES naquit le 6 décembre 1767 à Beignon, dans le Morbihan, au diocèse de Saint-Malo, aujourd'hui diocèse de Vannes, d'une famille profondément chrétienne. Très tôt il se sentit appelé au service du Seigneur. Et c'est sans peine qu'il quitta la garde de son troupeau pour entrer au Petit Séminaire de Saint-Servan. Intelligent et travailleur, il se prépare sans problème à entrer au Grand Séminaire de Saint-Méen.
Il est ordonné diacre le 18 septembre 1790, à une époque où la situation est difficile. La Révolution française commence, et l'Assemblée constituante vote la Constitution Civile du Clergé, à laquelle doivent prêter serment tous les prêtres et religieux. Ceux qui refusent, les "réfractaires", devront se cacher pour échapper à la prison, à la déportation ou à la mort. Les évêques, eux aussi, ont dû partir pour l'exil.

PRÊTRE SOUS LA RÉVOLUTION
Gabriel DESHAYES n'a donc personne pour lui conférer la prêtrise. Alors, avec deux de ses compagnons, il décide de s'embarquer pour l'Angleterre. Une tempête les oblige à accoster sur l'île de Jersey. Providentiellement, Mgr Le Mintier, évêque de Tréguier, y est réfugié. C'est de ses mains que le jeune diacre va recevoir l'ordination sacerdotale, le 14 mars 1792.
Aussitôt, il revient en France où il va exercer son ministère clandestin, se cachant dans des lieux bien dissimulés. De jour et de nuit, il en sort pour se rendre où on l'appelle pour administrer les sacrements.
Très vite, les républicains sont au courant de ses activités. Mais il leur échappe sans cesse, car il connaît parfaitement le pays, et prend les déguisements les plus variés : paysan à la campagne, bourgeois à la ville, soldat, voire gendarme en uniforme.
Grâce à une protection toute spéciale de Dieu, il échappe à tous les dangers. Lorsque Bonaparte signe le Concordat avec le Pape, en 1801, la liberté religieuse est rendue aux Français. Les prêtres qui ont survécu à la persécution peuvent sans être inquiétés reprendre l'exercice de leur ministère.
Monsieur DESHAYES est nommé auxiliaire à Paimpont, puis vicaire dans sa paroisse natale, Beignon, qui se trouve désormais dans le diocèse de Vannes. L'évêque voulut attacher l'abbé à sa personne et le désigna pour prêcher le Carême dans la cathédrale de Vannes. Bientôt il en fera son Vicaire Général.
CURÉ D'AURAY
Le 18 mars 1805, M. DESHAYES est nommé curé de la paroisse Saint-Gildas d'Auray. Il y restera jusqu'en 1821. Ces seize années sont bien remplies par l'activité débordante du curé. Le bien spirituel de ses paroissiens est évidemment son souci majeur. Il commence par leur donner une Mission. Chaque dimanche il complète son "prône" par un catéchisme raisonné, après les vêpres. Son zèle, déjà, va tout particulièrement aux enfants. Pour leur éducation, il fait venir à Auray trois frères des Ecoles Chrétiennes de Saint Jean-Baptiste de la Salle. De nombreux sujets prennent le chemin du séminaire. Il établit bientôt des retraites spirituelles pour les hommes et pour les femmes, pour les personnes qui parlent le français et pour celles qui ne savent que le breton.
Sa sollicitude s'étend aussi aux misères matérielles. Il fait donner du travail aux prisonniers, des secours aux indigents et aux orphelins, organise des chantiers pour les désœuvrés, des ateliers de charité... Peu à peu, les mendiants disparaissent d'Auray, et les familles retrouvent une honnête aisance.

LE PÈLERINAGE DE SAINTE-ANNE
A quelques kilomètres d'Auray existait une chapelle dédiée à Sainte Anne, attenante à un couvent de Carmes. La révolution chassa les religieux et brûla la statue. Couvent et chapelle furent vendus comme "biens nationaux". Grâce à la générosité d'un paroissien, M. DESHAYES racheta le domaine et y rétablit le pèlerinage.
En 1815, les Jésuites ouvrent un collège dans l'ancien couvent des Carmes, qu'ils dirigent jusqu'en 1828, date à laquelle sont publiées les Ordonnances leur interdisant l'enseignement. Comme toujours, le curé d'Auray se confie à la Providence. Le collège peut survivre, et deviendra Petit Séminaire.

LA CHARTREUSE
A deux kilomètres de la ville, un autre couvent "La Chartreuse", a vu, lui aussi, ses religieux, fils de saint Bruno, partir pour l'exil, et est devenu "bien national". Le curé d'Auray le rachète également. Il s'empresse d'y installer une école de sourdes-muettes, qu'il confie aux sœurs de la Sagesse, de Saint-Laurent-sur-Sèvre.
Cette œuvre est la première de toute une série d'autres semblables. Car M. DESHAYES fut particulièrement sensible à ces enfants handicapés "toujours isolés au milieu du monde, privés des consolations de la religion, qui seraient si nécessaires pour adoucir les amertumes de leur misérable vie".
La Maison étant vaste, il y ouvrira aussi une section pour les garçons.

LE "MÉMORIAL" AUX VICTIMES DE QUIBERON
Tout près de la Chartreuse s'étend un terrain vague appelé "Champ des martyrs". Dans ce lieu avaient été inhumés à la hâte environ sept cents royalistes, fusillés par ordre de la Convention, à la suite du débarquement des émigrés dans la presqu'île de Quiberon, en juin 1795. Leurs ossements restaient ainsi enfouis sans aucune marque de respect. M. DESHAYES ne pouvait souffrir un tel abandon. Avec l'aide d'une quarantaine d'hommes, il recueillit les ossements et les fit transporter dans le caveau de l'église de la Chartreuse. Le 21 juin 1814, un service solennel fut célébré. De nombreux royalistes étaient présents. Le Duc d'Angoulême, époux de "Madame Royale" fille du roi-martyr Louis XVI, demanda que fût élevé un Monument du Souvenir au-dessus des restes précieux.
Les dons affluèrent, et le 20 septembre 1823, la Duchesse d'Angoulême posait les premières pierres de deux édifices : la "Chapelle expiatoire" au Champ des Martyrs, et la "Chapelle sépulcrale" ou "Mausolée", à La Chartreuse. Les deux monuments furent bénits le 15 octobre 1829. M. DESHAYES n'était plus là... Mais il avait continué de s'intéresser à cette œuvre dont il avait été l'initiateur.
LES SŒURS DE SAINT-GILDAS
Le curé d'Auray n'oublie pas sa paroisse natale de Beignon. Il souffre de l'ignorance où grandissent ses jeunes compatriotes. C'est pourquoi, en 1807, il persuade une jeune fille qu'il connaît bien d'ouvrir une école pour les petites filles de Beignon.
Bientôt d'autres jeunes personnes manifestent le désir de la rejoindre. Et ce seront les modestes commencements de la Congrégation des Sœurs de l'Instruction Chrétienne de Saint-Gildas, qui se développa rapidement. Pour elles, M. DESHAYES fit l'acquisition d'une ancienne abbaye à Saint-Gildas-des-Bois, en Loire-Atlantique.

LES FRÈRES DE L'INSTRUCTION CHRÉTIENNE, AVEC M. DE LAMMENAIS
Le zèle du curé d'Auray et sa prédilection pour les enfants l'avait donc porté à pourvoir à l'éducation des petites filles, par les sœurs de Saint-Gildas et à celle des petits garçons de sa paroisse par les Frères des Ecoles Chrétiennes. Mais, ces derniers, en nombre limité, ne pouvaient répondre à toutes les demandes. M. DESHAYES eut l'idée de rassembler quelques jeunes gens qui prendraient des cours chez les Frères et qu'il préparerait lui-même pour en faire des Frères enseignants. Il eut bientôt cinq sujets, et la cure d'Auray devint une maison de Noviciat. Malgré de nombreuses difficultés et des défections, il put, dès 1818, fournir de nouveaux maîtres d'école à plusieurs paroisses du diocèse de Vannes.
Pendant ce temps, de son côté, le Vicaire Général de Saint-Brieuc, Jean-Marie de Lamennais, s'employait à mettre en route une œuvre similaire. La Providence les fit se rencontrer ; les deux hommes comprirent qu'il y avait intérêt à joindre leurs efforts. En 1819, ils signaient un accord. Les deux Instituts continueraient de fonctionner chacun sous la direction de son fondateur. Mais il était convenu que, à la mort de l'un d'eux, l'autre prendrait en charge les deux groupes de Frères pour n'en former qu'un seul. En 1824, un Noviciat commun fut établi à Ploërmel, dans le Morbihan. Ce fut la Maison-Mère des Frères de l'Instruction Chrétienne. M. DESHAYES laissa M. de Lamennais s'occuper de tous les détails de la direction de l'œuvre commune.
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